Ma danseuse à moi

Tous les ferroviphiles (pas ferrovipathes : ça ne fait pas souffrir !) savent que les danseuses sont les BB Alsthom à bogie monomoteur, séries 16500, 17000, 8500, 25500, etc.

La mienne a pour petit nom BB 16794. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en gare de Paris-Nord un beau jour de printemps 1967, en attendant le départ du train qui devait nous ramener à la maison. L’idylle fut courte : ce train partait un quart d’heure après.

Elle n’était pas bien belle, courte sur pattes, la face plate. Bien de quoi jalouser sa sœur 16000. Mais, comme le dit une pub que, pour une fois, je trouve intelligente : si vous n’aimez pas vos défauts, quelqu’un les aimera pour vous. En plus, c’était la petite dernière de la famille !

Premier portrait

Voici un premier document daté de 1968, mais qui a certainement évolué sur quelques années. On y voit des plans de réducteurs variés, l’un style Picasso Jouef, l’autre avec moteur transversal (je crois que c’était un Nanoperm trouvé dans un catalogue de modélisme RC). Vous remarquerez le point de pivotement très haut placé qui aurait nécessité absolument des barres de traction basse ; sinon, cabrage et déraillements assurés !

Plan de motorisation de la 16794

On voit aussi sur ce plan un éclairage par lampes luciol, encore utilisées de nos jour par Roco ! Il y a une batterie d’accumulateurs dans le bac du transformateur, et une ébauche d’étude de pantographes motorisés. Il y a parfois des obsessions…

Autre étude de réducteur

Voici un autre projet de réducteur, basé sur une vis sans fin provenant d’un Boeing 707 Joustra à mécanisme à friction : cette VSF était donc réversible pour permettre de lancer le volant d’inertie du moteur, c’est pourquoi elle avait trois filets. Mais elle donnait une réduction insuffisante ; j’avais donc ajouté un étage à roues droites.

Plan de transmission pour la 16794

À l’époque, je ne connaissais pas encore la représentation graphique des engrenages ! Je ne vous dis pas le temps passé à dessiner tout ça ! Et on retrouve encore le petit « tournebroche » Jouef, celui des voitures Record 64 ! Je doute qu’il ait pu entraîner la machine. Quant à la vis sans fin, je l’ai encore : véritable relique technologique !

Vis sans fin Joustra

Portrait en majesté

Voici enfin le diagramme le plus précis que j’aie dessiné de cette loco mythique (pour moi !). L’original est en format A3.

Diagramme de la 16794

Tiens ! Je viens de remarquer que je l’avais privée de ses baies d’angle. J’étais donc à ce moment là au courant des modifications de cabines opérées sur ces locomotives. La date du dessin doit par conséquent se situer autour de 1972.

On trouve aussi le vocable « sidérodromophile ».
C’est un composé assez pédant de mots d’origine grecque :
sidéro pour fer et dromo pour chemin, à l’usage de ceux
qui n’aiment pas le mélange du latin ferrovi et du grec phile !
Allez savoir pourquoi, ça me fait penser à dromadaire et à
drosophile !